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Dernière mise à jour : 08/07/2012
 

L’art de gérer la cité, telle est la définition du terme Politique, au sens étymologique. Mais cette gestion étant assurée par des hommes, pour des hommes, il est évident qu’elle souffre des limites objectives de l’imperfection.

C’est bien connu, la perfection n’est pas de ce monde. Pour autant, cette affirmation, n’absout point ceux qui ont en charge la responsabilité de gérer la cité, de leur devoir de tout mettre en œuvre, pour satisfaire au mieux les préoccupations des citoyens qui comprennent mal que l’essentiel des richesses est entre les mains d’une infime minorité tandis qu’une majorité est dans une précarité inadmissible.

C’est dans ce contexte que se pose avec acuité la nécessité d’une nouvelle gouvernance tant mondiale que locale. Le pouvoir appartient au peuple. Sa souveraineté, s’exerce à travers un mode de délégation, par l’expression libre de ses suffrages. Autrement dit, par des institutions dont la configuration est validée par ce peuple, démocratiquement mises en place et dont le fonctionnement obéit à des normes et principes clairs et partagés par tous. C’est cela le gage de la paix.

Or cette paix et cette stabilité sont souvent compromises par les contentieux politiques engendrés par la conservation ou la recherche du pouvoir, plus précisément par des divergences d’interprétation des textes relatifs aux processus électoraux et aux institutions.

Comme le disait Feu le Président Houphouët Boigny, la paix n’est pas un mot mais un comportement. Engagés dans la plupart des pays au forceps, les processus démocratiques sont plus que jamais à la peine. Plusieurs états du continent africain sont supposés organiser des élections présidentielles au cours de cette année 2012. Rien qu’à regarder l’issue peu reluisante des scrutins, en voie ou déjà tenus, on se demande bien ce que tout cela réserve au continent. En tout cas, le constat est sans équivoque: les consultations électorales sont loin d’être intégrées dans la conscience collective comme la voie royale vers une conquête apaisée et surtout consensuelle du pouvoir d’Etat.

Considéré pendant longtemps comme la tête de file et le baromètre de la démocratie en Afrique, le Sénégal avait séduit le monde il y a dix ans. En effet sous le regard de la planète toute entière, le 19 mars 2000, lors du second tour de l’élection présidentielle, la coalition de partis politiques regroupés au sein du Front pour l’alternance mis sur pied le 7 mars 2000 pour soutenir la candidature d’Abdoulaye Wade, mettait fin au long règne du Parti socialiste. Pour reprendre le mot d’un homme politique sénégalais, «l’opposition venait de déraciner un baobab».

Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts et tant d’analyses pour tenter d’expliquer ce qui se passe aujourd’hui au Sénégal. Et l’usage quasi quotidien de la violence dans toutes ses formes ne fait qu’exacerber les inquiétudes des populations.

Le Sénégal peut retrouver sa place jadis enviée par ses voisins de gardien de la démocratie en Afrique. Mais les signes que nous observons au quotidien, même s’ils ne sont pas annonciateurs de chaos, ne sont guère rassurants. La démocratie sénégalaise n’a vraiment pas besoin d’un tel scénario.

Le vrai problème dans les "démocraties" africaines est la récurrence des divergences liées à l’organisation des élections, éclipsant du coup le vrai débat, celui sur les projets de société.

Depuis les indépendances, le continent cherche la voie du développement et peine à sortir de la pauvreté. Le modèle pris par les Africains dans ce contexte de crise semble ne pas être le plus indiqué. Le virage du développement demeure toujours un mirage. Par la mondialisation, les pays africains sont soumis une fois encore, et plus que tous autres aux dogmes néolibéraux. Une situation qui traduit l’expression d’une domination continue ou d’une perpétuation sans nom de la colonisation. Le choix reste difficile pour l’Afrique qui est déjà embarquée et intégrée dans le système où elle occupe une place d’éternelle de vache à lait pour les pays à économie de marché. Les modèles de développement servis à l’Afrique le maintiennent toujours dans une position non seulement de soumis au diktat du libéralisme, mais surtout dans une position de paupérisation généralisée. La démocratie est prescrite comme ultime remède pour sortir l’Afrique de la pauvreté.

L’organisation d’élections régulières et transparentes doit se faire au nom d’une ouverture démocratique. La bonne gouvernance doit être de mise pour mériter la confiance de la communauté internationale et des investisseurs étrangers et attirer les capitaux.

Et le cycle infernal continue! Rien de nouveau en tout cas pour sortir les Africains de leur situation de pauvreté. Pourtant à chaque fois qu’un pays africain organise des élections tout le monde applaudit et ses voisins l’envient et la communauté internationale y contribue souvent par le biais de son droit d’ingérence. Les conditionnalités liées à cette ingérence ne sont jamais révélées. Ces nébuleuses sont sans doute, les nouveaux maitres du continent. Elles veillent aux grains. Les élections en Afrique sont un véritable business qui à pour but de perpétuer un système.

De fait, la pertinence des élections dans les pays africains doit être repensée. La charrue avant les bœufs serait-on tenté de dire? Dans des pays où la pauvreté demeure le lot quotidien des populations, le modèle de développement fiable pour régler les urgences de l’heure doit être la priorité. Les élections ne devraient être qu’un passoir précédé par un projet apte à amener des solutions aux nombreuses difficultés des populations. Souvent, elles se limitent à des joutes oratoires d’une classe politique. Des individus qui parfois brillent par leur ignorance impressionnante des réalités de la population. Et les promesses les plus fantaisistes et les plus farfelues sont tenues. Les alliances contre nature de tout genre sont nouées sur fond de marchandages pour des sinécures. C’est l’endogamie politique ou une bande d’amis, même s’ils peuvent se réclamer de courants de pensées différentes se reproduisent et se recyclent continuellement au sein de l’appareil d’État. Des lors, les élections ne sont plus l’opportunité qui permet aux populations de choisir le mode de gestion et de gouvernance qui leur sied.

Les intellectuels sont aussi interpellés et doivent assumer leur devoir de veille, d’alerte et de vérité, par leur capacité d’analyse, d’anticipation et de prévention, éviter toutes formes de dérives et de dérapages.

Les Médias, en tant que levier par lequel l’information parvient à l’opinion ont également une responsabilité à assumer. Tout comme les autorités religieuses et coutumières, en référence à la portée et l’impact des messages dont elles sont porteuses.

La société civile, les partenaires au développement, peuvent contribuer, à l’instauration d’un climat de paix et de stabilité, fondé sur le respect des lois et règlements, la culture de la paix à tous les niveaux, un mode de gouvernance garantissant une répartition équitable et juste des ressources.

Sans la paix, point de développement ; mais la paix est générée par le respect du droit et la justice. C’est tout juste une réalité de tous les instants.

 

Absatou KANE DIOP

Directrice Générale du Groupe SunuDiaspora



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